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« L’objectif que la société a donné aux femmes n’est pas de penser à elles et leurs envies,
mais de se mettre en couple et de le faire tenir. »
Paolina Caro, psychologue

 

Dans deux de mes articles précédents Comment mieux répartir la charge émotionnelle ?  et Le syndrome de la femme épuisée d’avoir à penser à tout  je vous parlais de la charge mentale et de la charge émotionnelle qui pèsent sur les femmes.

On parle enfin régulièrement de la répartition inégale de ces charges entre les femmes et les hommes.

Mais ce qu’on passe encore majoritairement sous silence, c’est l’autre dimension de la charge émotionnelle qui pèse de plus en plus lourdement sur les femmes : celle de devoir réussir leur couple !

À l’injonction d’être une « parfaite femme au foyer » est venue se substituer celle d’être la « garante de la bonne santé affective et relationnelle du couple ». Une charge émotionnelle conjugale insidieuse et pernicieuse qui peut mener les femmes jusqu’à l’épuisement.
Et surtout, qui les détourne de leur véritable priorité : elles-mêmes !

Changeons un peu de point de vue pour mieux comprendre…

 

Une nouvelle norme conjugale

Les mentalités et la société ont évolué. Le carcan du mariage comme seul cadre possible pour une union a volé en éclat.
Il n’est plus question d’obéir aux injonctions. La construction du couple est devenue plus libre, plus ouverte à différents schémas possibles. Et le principe est désormais que chaque couple mène son union comme il l’entend.

Les relations ne sont plus (ou beaucoup moins) régies par des impératifs sociaux, religieux ou économiques, et l’objectif du couple n’est donc plus d’être un marqueur de position sociale, de bienséance ou de sécurité financière.

Le nouvel impératif du couple est désormais d’être un lieu d’expression et d’accomplissement de chacun de ses membres. Aujourd’hui, les couples sont jugés, et se jugent eux-mêmes, sur leur capacité à faire régner et durer une harmonie épanouissante.

Mais, en l’absence d’un cadre conjugal prédéfini, comment faire lorsque la situation se complique ? Quand l’intimité est mise à mal avec l’arrivée des enfants ? Quand la fatigue et le stress engendrent des disputes ? Quand les ambitions professionnelles de l’un et de l’autre ne sont pas compatibles ?
Où trouver les réponses quand on est livré à soi-même ?

 

Un nouveau travail de care conjugal : la femme thérapeute du couple (Irène Jonas)

Dans votre couple, qui de vous ou de votre conjoint a lu des articles sur la manière de mieux communiquer ? Sur l’art de se disputer ? Comment gérer ses émotions ? Comment entretenir la flamme au fil des années ?…

Qui de vous deux a fait la démarche d’aller voir un·e thérapeute ?
Et dans vos séances avec un·e thérapeute, quelle part était consacrée aux problèmes de votre conjoint et à vos problèmes de couple, par rapport à vos questionnements à vous ?

Des études le prouvent, les professionnels l’attestent, ce sont les femmes en très grande majorité qui (par elles-mêmes ou avec une aide extérieure) essayent de comprendre ce qui ne va pas dans la relation, trouver des solutions pour apaiser les tensions, initient les discussions. Et qui tentent de comprendre les difficultés, les blocages, les réactions de leur conjoint qui lui, la majeure partie du temps, refuse d’aller consulter.

Cela représente pour les femmes une dépense considérable de temps, d’énergie et d’argent dans le but de pacifier et d’harmoniser leur relation de couple en aidant leur conjoint à aller mieux. Autant de temps, d’énergie, et d’argent qu’elles ne consacrent pas à régler leurs problèmes à elles !

La grande majorité des femmes se sentent responsables de la bonne santé du couple. Et sont prêtes à prendre sur leur temps de loisirs, de repos, sur leur confort émotionnel, sur leur tranquillité intellectuelle pour tout mettre en œuvre pour que les choses évoluent dans le bon sens.

Une situation bien confortable pour les hommes qui « profitent » des efforts que les femmes font à leur place.
Mais extrêmement lourde, voir douloureuse pour les femmes, qui s’épuisent complètement dans cette tâche et peuvent en arriver à perdre totalement leur confiance en elle et leur estime d’elle-même. Car, lorsque les choses ne s’améliorent pas (voire se dégradent), elles se sentent responsables de l’échec de la situation : « Je n’ai pas su faire telle ou telle chose, je n’ai pas été assez ceci ou cela, je ne me suis pas donné assez de mal, je ne suis pas à la hauteur, je ne suis pas celle qu’il lui faut… ».

 

La femme, seule garante de la bonne santé affective et relationnelle du couple ?

Mais pourquoi, une fois de plus, est-ce majoritairement aux femmes que revient tout le travail ?

La quantité considérable d’ouvrages « psy » qui ont fleuri ces dernières années reposent sur l’idée communément admise que ce rôle est naturel chez la femme qui est, par nature, tournée vers les autres, dans le don d’elle-même, sensible et attentionnée. Alors que les hommes, eux, ont une incapacité naturelle à s’exprimer émotionnellement.

Il revient donc naturellement aux femmes, non seulement de trouver comment surmonter les difficultés que le couple rencontre, mais également de trouver les moyens de « faire sortir l’homme de sa prison intérieure et révéler son soi sensible, fragile et aimant ».

Heureusement, pour les aider dans cette tâche, elles peuvent puiser dans tous ces ouvrages qui regorgent de bons conseils. Elles peuvent y apprendre comment inventer des façons plus douces et plus respectueuses de se comporter avec leur partenaire, comment débloquer leurs freins personnels pour mettre leurs forces vives au profit de la relation, comment mieux exploiter leurs potentiels dans l’exercice quotidien de leur vie de couple… Comment se former continuellement à l’auto-apprentissage, l’autodiscipline et l’autocontrôle afin de faire face à toutes les situations de déséquilibre qui ponctuent la vie de couple.

Ce travail sur soi est présenté comme une expérience enrichissante et stimulante qui permet à chaque femme de développer ses dons et ses talents.
Certes, la tâche qui est assignée aux femmes est ardue. Mais quelle fierté de contribuer à la transformation de son conjoint, quelle satisfaction de se sentir indispensable à son épanouissement !

Le sentiment d’importance de la tâche qui consiste à pacifier la relation, maintenir le lien vivant, et surtout éveiller l’homme à lui-même, loin d’apparaître comme un nouvel assujettissement à un rôle imposé socialement, prend l’allure d’un nouveau pouvoir « féminin » dans le couple, pouvoir au sein duquel les femmes sont censées s’épanouir.

Mais ces livres, en incitant les femmes à se mettre totalement au service de leur couple, à se dépasser pour être à la hauteur de ce nouveau challenge qu’est la réussite affective et relationnelle de leur relation, les poussent à confondre intimement leur intérêt personnel avec l’intérêt du couple et celui de leur conjoint.

 

Changez de point de vue. Changez de perspective.

En réalité, tous les efforts qui sont demandés aux femmes n’ont qu’un but : rendre la vie conjugale des hommes plus douce et harmonieuse ! Le travail qu’on attend d’elles les transforme en un produit dont la valeur – « l’amabilité » – dépend de leur qualité à se perfectionner – entendre par-là à se contraindre. Et vise donc davantage la modification de leur comportement que l’exploration intérieure en vue d’un épanouissement personnel.

Ce qui est présenté comme naturel n’est que culturel. Les femmes ne naissent pas portées vers les autres, à l’écoute, dans le don d’elles-mêmes… On leur apprend à l’être dès leur plus jeune âge ! Et si dans l’imagerie collective, l’épanouissement d’une femme se confond encore avec le fait d’être en couple, la réalité est toute autre !

Si ces ouvrages «  psy » grand public ont raison sur le fait qu’il faut travailler sur soi-même pour se connaitre et se comprendre, ils ont tort dans le but dans lequel ils poussent les femmes à le faire. Le développement personnel que les femmes réalisent ne doit plus être biaisé par une finalité qui les écrase.

Oui, le bonheur est intimement lié à la connaissance de soi.
Et s’il y a bien un lieu où on peut apprendre à se connaitre profondément, c’est bien dans l’intimité du couple. Car, c’est en se frottant à l’altérité de son partenaire que vont se réveiller les parts les plus intimes de nous-même. Nos blessures d’enfance. Nos espoirs déçus. Nos loyautés familiales. Nos rêves inassouvis. Nos blocages et nos peurs. Nos attentes irréalistes.

Mais si réaliser ce travail sur soi est primordial, ce n’est pas pour sauver ou pérenniser une relation dans laquelle nous nous contraignons, nous nous limitons, nous nous oublions…
C’est au contraire parce que cela va nous permettre de nous révéler, de nous déployer et de nous épanouir.
En comprenant nos besoins, nos envies, pour les satisfaire sans attendre que l’autre le fasse et ainsi limiter les frustrations.
En identifiant ce qui nous fait du bien, ce qui nous met en énergie, pour limiter ce qui nous épuise intellectuellement et émotionnellement.
En connaissant nos limites pour ne plus nous abimer en faisant des choses qui ne nous conviennent pas.
En arrêtant de demander à l’autre des choses qu’il ne peut pas donner pour retrouver notre liberté émotionnelle.
En apprenant à apprécier nos faiblesses, mais aussi à voir nos qualités pour être consciente de notre valeur et nous donner à nous-même l’amour qu’on attendait que l’autre nous donne.

Il faut travailler sur soi pour soi. Car les autres sont le reflet de ce que nous sommes.
C’est en devenant une meilleure version de nous-même, en harmonie avec notre Moi profond, que toutes nos relations vont changer et que notre épanouissement va rejaillir sur l’harmonie de notre couple.

Contrairement à ce que la société nous dit, l’égalité n’est pas encore là ! Même si les choses ont évolué et qu’en apparence les femmes ont les mêmes libertés que les hommes, elles sont encore prisonnières de rôles prédéfinis qui les empêchent de se réaliser pleinement dans leur vie de femme et dans leur vie de couple. Prendre conscience de ces nouvelles injonctions silencieuses de notre système patriarcal est le premier pas pour faire changer les choses.

 

Vous souhaiteriez mettre des choses en place pour vous réaliser, ou réinventer votre relation de couple, mais vous ne savez pas comment faire… Vous sentez que vous auriez besoin d’aide sur ce chemin… Ne restez pas seule face à vos difficultés. Contactez-moi pour 1 séance Découverte gratuite de 30min sans engagement. Nous ferons plus ample connaissance et nous verrons ensemble comment je peux vous aider.

 

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Cet article est inspiré des articles de Irène Jonas Un nouveau travail de “care” conjugal : la femme “thérapeute” du couple paru dans la revue Recherches familiales et Le nouveau travail féminin dans “l’entreprise-couple“ paru dans les Cahiers du genre

 

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