« Le fait qu’on ait fait de l’amour la valeur cardinale d’une vie féminine réussie fait que
les femmes ont peur de parler de l’argent, valeur individualiste et antagoniste de l’amour. »

Lucile Quillet

 

L’argent est (avec le sexe) le tabou ultime de l’amour. Il est vrai que parler de ces considérations bassement matérielles avec son compagnon, ce n’est pas très romantique ! Pourtant, si parler d’argent dans un couple peut permettre d’éviter tensions et frictions au quotidien, pour les femmes l’enjeu est en réalité bien plus important.

Car, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que la conjugalité se révèle être une source de profondes inégalités dont les femmes restent les principales victimes. Si ces inégalités peuvent ne pas forcément porter à conséquence au quotidien, elles peuvent avoir des résultantes désastreuses quand survient une rupture.

Alors, devant l’augmentation constante des séparations qui peut concerner chacune d’entre nous, il est important de se demander : où passe notre argent, celui que nous avons, que nous avions, mais aussi celui que nous n’aurons jamais ?

 

Pourquoi l’argent reste-t-il un sujet tabou dans le couple ?

 

Si nous ne parlons pas d’argent avec notre partenaire, c’est en priorité car cela va à l’encontre de notre conception idéologique de l’amour romantique qui se veut gratuit et désintéressé.

Mais au-delà de cet idéal de l’amour, les femmes subissent le poids de l’idéologie socio-culturelle de la féminité avec un grand F. Selon cette idéologie, on exige encore d’une femme qu’elle soit dans le don de soi et l’oubli d’elle-même, loin des préoccupations purement capitalistes au sens premier du terme.

On attend d’elle qu’elle se sacrifie pour ceux qu’elle aime, sans compter, sans calculer, sans chercher à y trouver son intérêt, ni à protéger ses intérêts !

C’est cette idéologie du don féminin qui rend les femmes encore moins capables que les hommes d’assumer les questions d’argent au sein du couple.

 

 On ne parle pas d’argent dans le couple… mais les chiffres parlent d’eux-mêmes !

 

Malgré une égalité des sexes entérinée par la loi, selon les statistiques :

  • En moyenne (en France), les femmes célibataires gagnent 9% de moins que les hommes – mais lorsqu’elles sont en couple, elles gagnent 42% de moins que leur conjoint.
  • Les femmes, ayant réduit leur temps de travail, épargnent moins. Elles ont en moyenne près de 40% moins d’économies que leur conjoint. Et plus il y a d’enfants, plus l’écart se creuse.
  • Après une séparation, les femmes subissent une perte de niveau de vie de 20%.
    Et plus une femme a d’enfants, plus elle frôle la pauvreté après une rupture alors qu’un père lui ne perdra en moyenne que 2 à 3% de niveau de vie.

La réalité que dépeignent ces chiffres est bien loin de l’idée que l’on se fait de la vie à deux… Mais comment, même au sein de couples très aimants et attentifs l’un à l’autre, de telles inégalités peuvent-elles s’installer ?

Malheureusement, il ne suffit pas de s’aimer pour que l’égalité économique au sein du couple se mette en place naturellement. Car de nombreux mécanismes insidieux viennent gripper la machine égalitaire.

1. La vie privée des femmes reste encore trop souvent la seule variable d’ajustement de la famille

Dans la plupart des couples, même si les deux travaillent, la prise en charge du travail domestique et parental est assurée à 72% par les femmes. Surchargées et surmenées, elles vont très souvent avoir recours à un temps partiel pour pouvoir s’occuper des enfants (voire s’arrêter totalement de travailler pendant un certain temps).

Loin de travailler moins, elles vont simplement réduire leur temps de travail rémunéré et augmenter leur temps de travail gratuit. Et en réduisant leur temps de travail rémunéré, les femmes vont voir leurs revenus chuter. Mais aussi, mécaniquement, leur capacité d’épargne, le montant de leurs droits aux allocations chômage, et leurs droits à la retraite.

Si cette « mise en disponibilité » peut donc sembler avantageuse pour les femmes à l’instant T, elle présente en réalité un grand danger : celui de les appauvrir sur le long terme.

2. La répartition des dépenses – ce qui semble équitable n’est pas forcément juste !

Beaucoup de femmes de nos jours mettent un point d’honneur à s’acquitter de façon égalitaire de la totalité, ou de la majeure partie, des frais du foyer. Elles en tirent une certaine fierté, une tranquillité d’esprit, et aussi un sentiment de liberté et d’indépendance.

Mais ce qui est égalitaire est très loin d’être équitable… Car la baisse conséquente des revenus des femmes en couple avec enfants ne leur offre tout simplement pas cette liberté ! Elles vont juste sacrifier sur l’autel de l’égalité leur capacité d’épargne, voire en arriver à piocher dans leurs économies pour assurer leur part des dépenses.

Par ailleurs, au sein du couple, les femmes prennent généralement plus à leur charge les dépenses « courantes » (vêtements, nourriture, jouets, petit équipement…) alors que les hommes prennent à leur charge les grosses dépenses (voiture, meubles, gros équipements, voire immobilier).

Ce principe peut paraitre anodin et sans conséquence… mais il s’avère absolument désastreux en cas de rupture ! Car, si les sommes dépensées peuvent finir par être équivalentes, au moment du partage des biens, seuls les hommes auront leur nom sur les factures et actes de propriété des achats dispendieux et socialement valorisés.

3. Les croisements entre vie personnelle et vie professionnelle ont un impact direct sur l’épanouissement global des femmes

Dans cet environnement professionnel aux injonctions présentéistes, faisant rimer horaires supplémentaires avec promotion et augmentation de salaire, leur « mise en disponibilité » éloigne mécaniquement les femmes d’opportunités et les empêche de progresser dans leur carrière.

Au-delà de l’aspect purement financier, elles se retrouvent donc privées de la possibilité de s’épanouir dans des postes à plus hautes responsabilités, mieux payés et plus valorisants, ou correspondant mieux à leurs capacités et leurs compétences.

Sur le plan personnel, les conséquences sont peut-être encore plus dramatiques… Car tous ces mécanismes qui concourent à les rendre dépendantes financièrement de leur conjoint restreint très fortement leur possibilité de mettre fin à leur relation conjugale si la situation ne leur convient plus. Une liberté qui pourtant n’a pas de prix !

 

Les inégalités économiques qui naissent dans la conjugalité sont la face cachée et sombre de la banalisation des divorces et des séparations qui sont en constante augmentation. Car, quand survient une rupture, les conséquences sont souvent désastreuses et placent les femmes dans des situations de précarité dangereuse.

Il est important de prendre conscience que tout ce que nous investissons en dévotions invisibles à notre famille est autant que nous n’investissons pas dans notre accomplissement personnel et notre réelle et profonde émancipation. Et que ce sont nos conjoints qui en tirent principalement les bénéfices.

C’est pourquoi il est primordial de discuter d’argent avec son partenaire, de façon libre et décomplexée, dès le début de la relation, mais aussi au fur et à mesure que celle-ci évolue, afin de définir sans culpabilité qui dépense quoi, avec quel argent et pour quel montant.

Pour avoir affronté un divorce et surtout une séparation, je sais à quel point ces questions d’argent peuvent être problématiques quand on se retrouve seule, de surcroit avec des enfants en bas âge à charge !
Comme la plupart d’entre nous, je n’avais pas conscience des idéaux que la société nous impose, et des mécanismes qu’elle favorise et qui nous sont défavorables. Je me suis consacrée à mes enfants sans jamais avoir l’idée de chiffrer financièrement le temps que cela représentait au sein du foyer. Je me suis mis un point d’honneur à payer 50% des factures alors même que mes revenus étaient quasiment inexistants et j’y ai laissé toutes mes économies. Je me suis mise en retrait de ma vie professionnelle et des opportunités enrichissantes qu’elle pouvait m’offrir pour que mes compagnons aient, eux, l’opportunité de se réaliser pleinement dans leur carrière. J’ai réussi à reconquérir mon indépendance financière après ma séparation, mais je sais à quel point le chemin est long et difficile…

Peu importe notre niveau de vie, notre niveau d’éducation, que nous soyons mères au foyer ou que nous travaillons – nous pouvons toutes être confrontées un jour ou l’autre à ces difficultés. C’est pour cette raison que j’avais à cœur de partager avec vous tout ce que j’ai compris et appris. Et, par-dessus-tout, vous dire qu’il faut coûte que coûte se battre pour son indépendance financière car c’est la clef de toutes nos libertés.

Vous souhaitez reprendre votre vie en mains mais vous ne savez pas vraiment comment faire ? Je vous propose de me contacter pour une séance Découverte gratuite de 30 min sans engagement. Nous ferons plus ample connaissance et nous verrons ensemble comment je peux vous aider.

 

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* Source : Le prix à payer ce que le couple hétéro coûte aux femmes de Lucile Quillet aux Éditions LLL Les Liens qui Libèrent

 

 

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