« Les femmes doivent comprendre que ce n’est pas elles qui doivent changer
mais le monde du travail qui doit évoluer. »
Avivah Wittenberg-Cox

 

Il n’est plus rare aujourd’hui que dans un couple les deux mènent une carrière professionnelle engagée. Au début de la relation, même si cela peut être compliqué par moment, les partenaires arrivent généralement à mener de front vie de couple et ambition professionnelle. Mais tout se corse quand les enfants arrivent !

Car en plus de la pression professionnelle vient s’ajouter la pression parentale et familiale. Répartition inégale de la charge domestique, exigence éducative considérable, manque de temps pour tout, stress, surmenage… Encore trop de femmes se trouvent contraintes à mettre leur carrière entre parenthèses pour faire face à la surcharge domestique et font ainsi un trait sur leurs ambitions d’épanouissement professionnel. Une source de grande frustration personnelle qui peut avoir de lourdes conséquences au niveau du couple.

Alors, les « doubles carrières » conduisent-elles fatalement à des renoncements, ou des séparations ?

Mener de front une vie de famille heureuse, une relation de couple épanouie et une carrière réussie est un pari certes ambitieux mais qui peut être gagné – en prenant conscience des pièges sociaux-culturels mais aussi en ayant les clefs d’une relation équilibrée et apaisée.

Les freins socioculturels et les pièges qui en découlent

Aujourd’hui, nombreuses sont les femmes qui ont fait de belles études et ont l’ambition de se réaliser professionnellement. Et leur travail ne représente plus un second revenu anecdotique pour le ménage mais un véritable apport sans lequel le foyer ne pourrait pas fonctionner.

Mais pourquoi sont-elles par ailleurs si nombreuses à être découragées, épuisées, à faire des burn-out ? Et à sacrifier leurs ambitions professionnelles pour leur famille ?

La rémanence d’un schéma d’héritage patriarcal
Dans la plupart des couples, même si les deux travaillent, et qu’ils ont tous les deux des convictions égalitaristes, la prise en charge du travail domestique et parental est encore assurée à 72% par les femmes.

Ce serait une erreur de penser que tous les hommes s’en fichent ou sont de mauvaise foi. Malheureusement, les stéréotypes, dus à l’éducation et à l’inconscient collectif, ont la vie dure. « Depuis la petite enfance, les femmes sont éduquées à prendre soin des autres. Elles sont entraînées, programmées, à répondre immédiatement aux demandes de l’environnement dans lequel elles se trouvent. Tout ceci construit le temps des femmes comme un temps accessible à tous. Dans le couple hétérosexuel, cette construction de la féminité se traduit par une disponibilité et un oubli de soi des femmes. La masculinité, elle, s’est construite vers l’extérieur, avec un travail rémunéré et une gestion tout autre du temps des hommes dans l’environnement domestique. Pour schématiser, les hommes ont été programmés dans l’idée que rentrer à la maison, après le travail, c’est pour se reposer. » Chiara Piazzesi (sociologue)

Cette construction des rôles irrigue toute la société, y compris les services publics qui sont encore majoritairement conçus pour des familles dont la mère ne travaille pas. Et face à la double charge de la carrière et de la parentalité, les femmes s’épuisent davantage et sont très nombreuses à demander un temps partiel quand elles fondent une famille.
Cette « mise en disponibilité » les éloigne mécaniquement d’opportunités et les empêche de progresser dans leur carrière. Et d’accéder à des postes à plus hautes responsabilités, mieux payés et plus valorisants, ou correspondant mieux à leurs capacités et leurs compétences.

Les questions d’inégalités professionnelles sont intimement liées aux inégalités dans le couple et notamment aux inégalités domestiques. La vie des femmes est encore trop majoritairement la seule variable d’ajustement de la famille. Ce qui ne peut qu’aboutir à des frustrations, des rancœurs qui nuisent à leur épanouissement – professionnel, personnel et conjugal.

Le poids de l’hyper-parentalité
De nos jours, le fait d’être un bon parent ne suffit plus… Il faut être un parent parfait et tout faire pour favoriser la pleine réussite de ses enfants !

Cette exigence éducative démesurée demande aux parents des ressources temporelles, émotionnelles et matérielles absolument considérables – ressources qui de ce fait ne sont pas investies dans leur épanouissement personnel ni professionnel.

Tout particulièrement pour les femmes, encore majoritairement en charge de l’éducation et de la logistique des enfants, le développement des enfants se fait au détriment de leur propre équilibre physique et émotionnel. La lutte entre leurs exigences professionnelles et la volonté de se conformer à cette image de la mère parfaite génère de l’anxiété, la crainte d’échouer, la culpabilité de ne pas être assez présente ou de mal faire les choses…

Stress, surmenage, oubli de soi, frustrations, sentiment d’incapacité, perte de confiance en soi, dévalorisation… Cette injonction à l’hyperparentalité fragilise fortement les femmes et peut même les mener au burn-out !

Le piège des décisions fondées sur des motifs purement économiques
Les femmes font souvent l’erreur de mettre en regard de leur seul salaire les aides auxquelles elles ont recours pour pouvoir continuer de travailler (babysitter, femme de ménage, plats préparés chez le traiteur…). Et en comparant ce qu’elles gagnent et ce qui est dépensé, elles en arrivent alors à la conclusion qu’elles feraient tout aussi bien d’arrêter de travailler !

C’est un mauvais calcul, car ces dépenses sont faites au nom de la gestion parentale et familiale et doivent donc être mises en regard du revenu global du couple à qui elles profitent dans son ensemble.
Mais surtout, pour les femmes, le fait de travailler ne représente pas simplement une occupation ou une rémunération, mais une vraie source d’épanouissement personnel. Devoir sacrifier cette possibilité de se réaliser pleinement, alors même que son conjoint, lui, peut s’épanouir dans une belle carrière, ne peut qu’engendrer frustration et ressentiment.

Au-delà de l’injustice sociale que cela représente, la question de l’inégalité salariale est clef car c’est parce que les femmes gagnent moins que les arbitrages dans les couples se font en leur défaveur. Et cette inégalité ne fait que s’aggraver avec l’agrandissement de la famille.

Alors, quand on constate ces inégalités et ces sources de frustrations et de tensions, on peut aisément se demander : une femme peut-elle conjuguer carrière épanouie et vie de famille réussie ?

Les clefs pour relever le défi de la trilogie carrière/ couple/famille !
Fort heureusement, il existe des clefs pour arriver à relever ce challenge :

  • répartir les tâches de façon plus équitable au sein de votre couple
  • revoir vos exigences éducatives et parentales à la baisse
  • travailler sur votre culpabilité
  • revisiter votre relation à l’argent et en discuter ouvertement avec votre partenaire

Mais aussi…

Remettre votre couple au centre de l’écosystème
Devant l’immensité des charges que représentent la gestion d’une double ambition professionnelle et une vie de famille, le couple à bien souvent tendance à s’effacer…

Pourtant, le couple est au cœur de votre réussite, personnelle mais aussi professionnelle !
Car si votre énergie mentale et physique est constamment requise pour régler des conflits avec votre conjoint, si vous ne vous sentez pas suffisamment soutenue et comprise, vous aurez du mal à faire face à toute la pression professionnelle et familiale.

Peu importe les contraintes professionnelles et le nombre d’enfants, votre couple doit rester au centre de la relation. Et remettre le couple au centre, paradoxalement, cela commence par se donner du temps à soi. Pour se ressourcer, détresser, s’enrichir… retrouver une certaine énergie pour une vie sexuelle épanouie. S’offrir des petits moments solos régénérateurs pour retrouver le plaisir d’être à deux.

Redonner toute son importance au couple, c’est sanctuariser ce temps à deux dont il a tant besoin pour vibrer et s’épanouir. La quantité des moments que vous passez ensemble importe moins que la qualité. Et la régularité aussi – une seule semaine par an ce n’est pas suffisant !

Le couple est une source d’énergie et de réconfort. Un lieu de joie et d’épanouissement, où vous pouvez vous sentir pleinement femme et non plus « juste » directrice générale ou maman responsable.

Dépasser le syndrome de la bonne élève
Peu importe les diplômes, les années d’études, l’expérience… une grande majorité de femmes est frappée du syndrome de la bonne élève. Elles veulent trop bien faire leur travail, et sont même prêtes à faire le travail des autres si cela est nécessaire à la bonne finalisation d’un dossier.

Elles passent de ce fait une énergie et un temps considérable à leurs tâches professionnelles. Elles ne se plaignent qu’occasionnellement (et doucement) ce qui fait que pas mal de boss·es en profitent pour charger la mule ! Et sont rarement payées pour ce surplus de travail car beaucoup d’entre elles ne se sentent pas suffisamment légitimes pour demander une prime ou un meilleur salaire.

Mais les critères de réussite du monde du travail ne sont pas les mêmes que ceux de l’école. Et le perfectionnisme et l’abnégation ne riment pas avec promotion !

Apprendre à délivrer de temps en temps des choses bien à 70% au lieu de vous attacher à les parfaire à 125% vous permettrait de récupérer du temps pour le consacrer à des choses bien plus profitables ! Comme votre carrière professionnelle (développer votre réseau par exemple), ou votre bien-être (aller faire du sport ou vous faire masser). Ou encore votre relation de couple en ayant plus de temps pour votre partenaire !

Trouver un équilibre équitable plutôt qu’égalitaire
S’il est nécessaire, de façon générale, de continuer à militer sur les questions d’inégalités sociétales, le couple est un lieu qui appelle à plus de sensibilité et de créativité.

La quête obsessionnelle de la répartition à 50/50 de toutes les tâches est souvent source d’une conflictualité qui peut s’instaurer et dégénérer très rapidement – et produit souvent à terme l’effet inverse à celui escompté : loin de se sentir enfin épaulée et soulagée, les disputes s’enchainent !

Au lieu de rechercher l’égalité formelle, recherchez plutôt l’équité globale en vous demandant « qu’est-ce qui est juste pour notre couple dans son ensemble ? » et aussi « pour quelle tâche chacun de nous est-il/elle le/la plus doué·e ou a une inclination ? »

Les méandres de l’administration ne vous rebutent pas ? Monsieur a quelques talents culinaires ? Vous pouvez alors décider de vous occuper de toute la partie administrative alors que lui se chargera des repas.

En ayant une approche plus intelligente que ce que la société nous impose, chaque couple pourra créer un écosystème qui lui est propre, éviter beaucoup de tensions au quotidien, et construire sur le long terme une relation plus apaisée et surtout plus épanouie.

Dépasser la spirale des reproches pour voir en votre conjoint un allié plutôt qu’un rival
Sans dire qu’il faut tout accepter de son partenaire, le tenir 100% responsable des inégalités structurelles issues de notre héritage patriarcal, est-ce vraiment la solution ?

Lorsque la frustration liée aux inégalités s’installe, la compétition entre les partenaires peut vite se transformer en rivalité. Et les femmes peuvent en arriver à vouloir faire payer leur partenaire par tous les moyens, y compris en se refusant sexuellement. Mais en faisant ça c’est elles-mêmes qu’elles punissent. Et ne font qu’ajouter une énième frustration à toutes les autres !

Prendre conscience que c’est la société qui piège les femmes mais aussi les hommes par des normes et modèles prédéfinis permet de dépasser sa frustration pour rechercher dans son partenaire non plus un rival mais un coach, un conseiller, un soutien moral. Non plus un concurrent mais un vrai partenaire qui va pouvoir apporter l’aide et le soutien moral nécessaire au plein épanouissement professionnel et personnel.

Car c’est uniquement en étant unis et aimants, en se sentant soutenue, comprise et épaulée que vous pourrez relever le défi d’une carrière réussie et d’une vie de famille épanouie.

Le couple à double carrière n’échappe pas à l’héritage du patriarcat que nous portons tous dans notre inconscient collectif. L’image de la femme qui sert la carrière de son conjoint en se mettant en retrait pour s’occuper des enfants domine encore majoritairement. La société doit évoluer pour que les « doubles carrières » ne conduisent plus à des renoncements ou à des séparations.
En attendant, les femmes ont des possibilités d’actions dont elles n’ont pas toujours conscience… Oser être égoïste et penser à elles, leur équilibre, leur bien-être. Oser dire, demander, se donner les moyens de leurs ambitions. Oser penser couple et vie affective avant de penser famille. Et oser briller sans culpabilité. En un mot : Oser !

 

Vous sentez que vous avez besoin d’être épaulée pour repenser un certain nombre de choses et mettre en place une nouvelle dynamique qui fonctionne ? Contactez-moi pour une séance Découverte gratuite de 30mn sans engagement. Ensemble, nous verrons comment je peux vous aider.

 

* Sources :
Cet article est librement inspiré du livre de Anne-Cécile Sarfati Nous réussirons ensemble – Couples à double carrière, les freins, les pièges, les clefs paru aux éditions Albin Michel.

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