« Je pense que seuls 10 % de la culpabilité des mères sont instinctifs…
et que les 90 % restant s’expliquent par la pression sociale. »
Nadia Daam
Êtes-vous du style à vous sentir coupable constamment ? À avoir tout le temps l’impression d’avoir mal fait, mal dit, mal agit ? De ne pas faire ou être « assez » ou comme il faut ? À être tiraillée par les remords, la peur d’avoir blessé l’autre ?
La culpabilité est un sentiment étouffant, envahissant, paralysant.
C’est un fardeau que les femmes sont très nombreuses à porter.
Et qui explose littéralement quand elles deviennent mères.
Alors, pourquoi nous sentons nous si coupables, et comment en finir avec le sentiment de culpabilité pour avancer dans la vie avec plus de légèreté ?
Qu’est-ce que la culpabilité au juste ?
Il existe 2 types de culpabilité.
La culpabilité saine, qui est très utile car elle apparaît suite à une faute avérée, un tort réel causé à autrui. Par exemple, je me sens coupable si je vole un objet dans un magasin ou encore si j’ai blessé quelqu’un intentionnellement.
Mais à côté de cette culpabilité saine, il existe une 2ème sorte de culpabilité qui, elle, apparaît sans faute objective ; comme se sentir coupable de ne pas rendre visite à son parent âgé, de la dépression de son conjoint ou encore de mettre son enfant à la crèche pour retourner travailler.
Cette culpabilité-là apparaît dans des situations où nous croyons avoir commis une faute.
Et si les femmes sont beaucoup plus sujettes à cette culpabilité que les hommes, c’est essentiellement à cause de l’idéal féminin qu’il leur a été inculqué dès leur plus jeune âge et des injonctions sociétales qui pèsent sur elles toute leur vie.
La société enferme les femmes dans un carcan physique et comportemental. Et si elles s’en éloignent, on estime qu’elles commettent une faute et sont donc considérées comme responsables des conséquences.
Si elles ne trouvent pas de compagnon, c’est qu’elles ne sont pas assez jolies, assez minces, sportives, entretenues. Si elles ne sont pas aimées, c’est qu’elles ne sont pas aimables comprendre pas douces, tendres, à l’écoute, conciliantes, bien disposées. Si elles ne font pas carrière, c’est qu’elles n’osent pas s’imposer, briller, s’investir pleinement. S’il leur arrive des problèmes, c’est qu’elles ne savent pas poser leurs limites, qu’elles n’osent pas dire « non »…
De plus, socialement, le travail de care incombe quasiment exclusivement aux femmes. Elles sont, aux yeux de la société, garantes du lien relationnel, du bien-être de tous ceux qui les entourent, de l’harmonie familiale et de l’épanouissement du couple. Si des tensions surviennent, si des liens se rompent, si le couple n’est pas épanoui, elles se sentiront responsables et se trouveront en constat d’échec personnel.
La société inculque aux femmes qu’elles sont non seulement responsables du bonheur et du malheur des autres, mais aussi du leur. Comme si elles avaient la capacité de changer le cours des évènements pour peu qu’elles s’en donnent les moyens, qu’elles y travaillent assez.
Cette illusion de toute-puissance est la face cachée et totalement aliénante de la culpabilité. Car les femmes vont s’épuiser – physiquement, mentalement, émotionnellement – en croyant avoir ce pouvoir de rendre les autres heureux, et en étant persuadée que leur propre bonheur et bien-être passe forcément par celui des autres.
Cette « culpabilité sociale » atteint son paroxysme avec la maternité
Il n’y a rien de plus normatif pour une femme que de devenir mère.
Les injonctions pleuvent de toutes parts. Une bonne mère doit éprouver un sentiment immense d’amour à la naissance de son enfant. Elle doit s’épanouir totalement dans la maternité. Une bonne mère doit allaiter. Elle doit se « sacrifier » pour sa progéniture. Elle doit en toutes choses faire preuve de perfection, de bienveillance, de tempérance. Elle doit être un modèle de dévouement et d’abnégation…
Cette image idéalisée de la mère hante la plupart des femmes. Elles courent après et s’efforcent de s’y conformer. Il se superpose à tous leurs agissements, comme pour mieux en souligner la cruelle insuffisance, pour mieux les mettre en échec. Dans la réalité, la « bonne » mère ne peut pas exister tant les exigences sont multiples et contradictoires. Mais les femmes se sentent coupables de ne pas arriver à lui ressembler.
La pression maternelle et la culpabilisation des mères s’est renforcée ces dernières décennies, avec la maitrise de la fécondité. Puisque tu l’as voulu, cet enfant, tu dois tout lui donner, tu lui dois le meilleur ! Alors que nos parents ne semblaient rien nous devoir, l’épanouissement de nos enfants s’érige désormais en marqueur de la réussite de nos vies, et tout signe de l’échec de nos enfants est comme la preuve irréfutable de notre culpabilité.
Incidemment, par cet idéal maternel fantasmé et la culpabilité qui en découle, la société patriarcale brime les femmes en les incitant à sacrifier leurs propres aspirations, notamment professionnelles.
L’injonction d’allaiter pour le bon développement de l’enfant est un exemple flagrant.
Le fait d’allaiter oblige les femmes à être 100% disponibles, jour et nuit, et pendant une assez longue période. Alors que le biberon permet un investissement égal dès le départ entre les 2 parents et autorise la mère, si elle le souhaite, à reprendre sa vie sociale et professionnelle plus vite – ce qui peut être décisif quand on sait que la maternité est le principal facteur d’appauvrissement des femmes.
Dans le même ordre d’idée, notre société fait croire aux femmes qu’elles peuvent s’épanouir personnellement ET professionnellement, tout en ayant une vie de famille épanouie. Mais comment y arriver dans « une société qui continue à considérer la maternité comme une activité de loisir empiétant sur le temps de travail ? Résultat : avant d’accepter une promotion, la plupart des femmes vont d’abord évaluer le coût de celle-ci en termes de temps sacrifié aux enfants ». (Sylviane Giampino). Et finalement culpabiliser quel que soit leur choix.
Par ailleurs, une femme est souvent déconsidérée si elle choisit de se séparer du père de ses enfants « juste » parce qu’elle n’est plus heureuse avec lui. Une partie de son entourage oubliera soudain que la vie amoureuse et la parentalité sont deux choses distinctes. Et considérera que son devoir aurait été de sacrifier son épanouissement personnel et de continuer à cohabiter avec quelqu’un avec qui elle ne s’entend plus, en prétendant que cela aurait été plus bénéfique pour ses enfants et leur stabilité émotionnelle.
Un choix souvent difficile à assumer pour une mère, d’autant que la séparation peut présenter un risque financier : 20% des femmes en couple hétérosexuel basculent dans la pauvreté en cas de divorce contre 8% des hommes.
Risque de désordre émotionnel durable et de précarité quotidienne… cette double culpabilité contraint nombre de femmes à s’enfermer dans une relation qui n’en n’est plus une.
Toutes les injustices sexistes vécues par les femmes culminent dans la maternité.
L’écart entre le degré d’implication exigé de la mère et du père fait partie de l’ensemble des inégalités – domestiques, professionnelles, économiques – qui, le plus souvent, se creusent dramatiquement à l’arrivée d’un enfant.
De nos jours, le poids de la culpabilité qui pèse sur les femmes et doublement sur les mères est trop lourd à porter. Il peut avoir des conséquences désastreuses : en France, le suicide est désormais la première cause de mortalité maternelle.
Il est grand temps de s’élever contre les violences que les mères subissent : leur hyper-responsabilisation, la négation de leur dimension d’individu, le sacrifice sans limites qui est exigé d’elles au détriment de leur propre bien-être, de leurs besoins, et de leur équilibre mental, physique et émotionnel.
Alors, comment sortir de la culpabilité ?
S’autoriser à vivre sa vie
D’où vient l’idée qu’une mère frustrée, épuisée, stressée est une meilleure mère qu’une mère équilibrée et épanouie ?
On fait croire aux mères que leurs intérêts et ceux de leurs enfants s’opposent mais c’est totalement faux. Ce ne sont pas les enfants qui attendent de leurs parents qu’ils renoncent à leur propre équilibre, mais bien la société qui inculque aux parents (et aux mères tout particulièrement) un idéal sacrificiel aliénant.
Selon Jean-Pierre Winter, pour sortir de la spirale de la culpabilité « il faut cesser de trahir ses propres désirs ». Se souvenir qu’avant d’être une maman, nous avons été une femme, une conjointe, une amie, une collègue, une entrepreneure, une fille soi-même et que toutes ces facettes continuent de vivre en nous.
Il est bien plus bénéfique pour son enfant de grandir auprès d’une mère qui cultive plusieurs dimensions d’elle-même. Qui s’épanouit dans son travail, qui prend le temps de se détendre, de s’amuser, qui s’enrichit intellectuellement et émotionnellement.
C’est cette écoute intérieure et cette disponibilité à soi-même qui permet de donner du temps de qualité à son enfant, de partager des choses plus riches et plus profondes avec lui, de prendre du recul pour être plus à l’écoute des envies et des vrais besoins de son enfant.
C’est aussi lui offrir l’image d’une femme qui assume ce qu’elle est profondément, tout autant femme que mère.
S’assumer en mère imparfaite
Nous n’arrivons pas à ressembler à la mère parfaite ? C’est très bien ainsi – car la perfection n’existe pas ! Nous avons toutes des défauts, des incapacités, des moments de faiblesse, des mauvaises réactions, des impatiences. Nous commettons des erreurs, nous faisons parfois des mauvais choix, nous sommes ambivalentes (nous aimons nos enfants plus que tout mais parfois nous ne les supportons plus) !
Apprivoiser la culpabilité, c’est accepter que nous sommes faillibles et apprendre à être en paix avec cela. C’est en accueillant notre imperfection que nous pourrons progresser vers une meilleure version de nous-même. L’important n’est pas de tout réussir, mais de faire de son mieux. C’est déjà beaucoup.
Savoir se faire aider
Bien que la plupart des mères soient confrontées quotidiennement au sentiment de culpabilité, certaines d’entre elles arrivent à échapper au poids de cette pression quotidienne. Comment font-elles ? En ne se vivant pas comme seules garantes du bonheur de leur enfant et en acceptant que d’autres adultes interviennent dans sa vie.
Ces mères ont renoncé au « duo sacré » mère-enfant pour demander aux autres de l’aide et du soutien. En couple, elles demandent un réel partage des tâches et n’endossent pas les éventuelles défaillances de leur compagnon. Célibataires, elles osent solliciter leur entourage au sens large, en n’hésitant pas à demander de l’aide à des amis ou voisins.
Bien loin d’être une faiblesse, savoir demander de l’aide est au contraire une preuve de courage. Celui de devenir responsable au lieu de se sentir coupable. Celui de choisir de ne pas sacrifier sa vie sans renoncer au bonheur d’avoir un enfant.
Et vous, quelle chose pourriez-vous mettre en place pour commencer à apprivoiser votre culpabilité ?
Si vous sentez que c’est difficile, que vous auriez besoin d’aide sur ce chemin, ne restez pas seul·es face à vos difficultés.
Avec OseTaVie, je suis aux côtés des femmes – de toutes les femmes – qui souhaitent sortir d’un quotidien difficile, transformer une épreuve en une opportunité de se réaliser pleinement, qui veulent se révéler et vivre enfin une vie qui leur ressemble.
Contactez-moi pour 1 séance Découverte gratuite de 30min sans engagement. Nous ferons plus ample connaissance et nous verrons ensemble comment je peux vous aider.
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Je serai heureuse de vous retrouver, seul·e ou en couple, pour vous aider à créer une vie plus en harmonie avec vos aspirations profondes et plus épanouissante à tous niveaux.
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Pour aller plus loin, je vous invite à lire le livre de Mona Chollet Résister à la culpabilisation – sur quelques empêchements d’exister aux éditions Zones.
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