« Ce n’est pas le désir féminin qui manque, c’est l’espace pour l’exprimer. »
Depuis quelques années, les sondages révèlent une tendance claire : nous faisons moins l’amour ! Et une majorité de femmes comme d’hommes se disent insatisfaits de leur vie sexuelle.
Plus questionnant encore : près de 70 % des femmes et presque la moitié des hommes déclarent ne pas vivre difficilement l’absence de rapports sexuels dans leur couple…
Pourtant, même si contrairement à une idée reçue le sexe n’est pas « le ciment du couple », une sexualité de couple épanouie nourrit la complicité, l’intimité et la connexion émotionnelle sur le long terme.
Alors, d’où viennent cette insatisfaction sexuelle et ce désintérêt généralisés qui touchent même les jeunes générations ?
Une partie de la réponse se trouve dans l’évolution culturelle : la vague #MeToo a libéré la parole, et de plus en plus de femmes osent maintenant exprimer leur insatisfaction.
Mais derrière cette prise de conscience se cache une réalité plus profonde…
Le désir : naturel ou culturel ?
Un mythe persistant affirme que les hommes auraient par nature plus de désir que les femmes. Les sondages montrent qu’aujourd’hui encore, une majorité de femmes et d’hommes adhèrent à cette idée reçue. Conséquence : si l’homme a moins de désir que la femme on pense qu’il a un problème ; si elle en a plus que lui, que ce n’est pas normal.
Or, de plus en plus d’études scientifiques et sociologiques viennent démontrer que cette différence n’est pas biologique, mais purement socioculturelle. Autrement dit : ce n’est pas le corps des femmes qui est “moins porté sur le sexe”, c’est le monde dans lequel elles vivent qui bride leur désir. (Marie Des Neiges)
Ces stéréotypes genrés nourrissent un script sexuel dominant dans lequel l’homme initie, la femme se laisse faire, et le plaisir masculin est central. Apparemment inoffensive, la pop culture, imprégnée du « Male Gaze », renforce ce scénario en valorisant l’homme qui désire et la femme qui se laisse désirer. Résultat : beaucoup de femmes se retrouvent passives, centrées sur la performance de l’autre, au lieu d’explorer leur propre plaisir.
À cela s’ajoute un autre cliché qui a la vie dure : celui de la pénétration, encore considérée comme la seule « vraie » façon de faire l’amour. Pourtant, seule une très petite minorité de femmes atteint l’orgasme par ce biais. Ce script érotique incontournable est une réelle entrave au plaisir féminin, qui se traduit par une forte insatisfaction sexuelle, voire par la culpabilité de ne pas « y arriver ». Et une forte pression pour les hommes, sommés d’être performants, de désirer en permanence et de réussir à « satisfaire » leur partenaire. Ce poids entraîne souvent du stress, des troubles érectiles et une peur de l’échec.
Dans les relations hétérosexuelles, le désir féminin est souvent relégué au second plan. Pourtant, il n’y a aucune différence biologique entre les hommes et les femmes en ce qui concerne le désir. C’est uniquement notre rapport différencié à la sexualité qui nous conduit à un rapport différencié au désir, et donc à son expression.
Et c’est précisément ce conditionnement qu’il est urgent de déconstruire.
Désir féminin et patriarcat : une libido étouffée
Le désir sexuel féminin a été étouffé par des siècles de patriarcat.
Dès l’enfance, on apprend aux femmes à penser que leur valeur passe avant tout par leur apparence. Elles surinvestissent sur leur physique (en temps, en, argent, en attention) pour plaire à leur partenaire. Leur corps devient un outil de séduction bien avant d’être une source de plaisir.
Quand un problème survient dans le couple, on incrimine souvent la femme – pas assez désirable, sexy, engageante… et pour y remédier la première action est souvent d’acheter de la lingerie féminine. La sexualité de couple est réduite à la corporalité féminine alors que l’alchimie est beaucoup plus complexe.
Leur éducation favorise un rapport sacrificiel : donner avant de recevoir, plaire avant de ressentir, faire passer les besoins et les envies de l’autre avant les leurs. Elles éprouvent plus de mal à être pleinement dans l’instant présent puisque l’autre a le pouvoir de les juger, de les jauger, selon des codes qu’elles ont intériorisés comme étant la normalité.
Les hommes considèrent la sexualité comme faisant partie de leur identité, et sont encouragés dès leur jeune âge en ce sens. À l’inverse, au lieu d’apprendre aux femmes à « prendre leur sexualité en main, à devenir le sujet de leur sexualité », on leur apprend à brider leur désir et à ne l’envisager que dans le regard de l’autre.
Résultat : elles oublient de se poser une question essentielle – est-ce que je fais cela parce que ça me plaît, que ça me fait plaisir ou parce que je DOIS le faire ? – pour sauver mon couple, pour apaiser les tensions, pour qu’il soit épanoui…
L’imagerie collective pousse les femmes à ne se voir que comme de simples objets de désir. Il n’existe pratiquement pas d’image de belle femme désirante – le choix de représentation se limite à être prude ou bestiale.
Mais où sont donc les modèles de femmes qui assument leur désir, leur plaisir, sans payer un prix fort pour leur assurance sexuelle ?
Les femmes grandissent dans une société qui bride leur expression sexuelle, alors que les hommes sont encouragés à revendiquer la leur. Déconstruire cette éducation limitante est une étape cruciale pour réinventer une sexualité épanouie.
Comment réinventer sa sexualité de couple ?
Si une majorité de femmes et d’hommes se disent sexuellement insatisfaits, la bonne nouvelle est que la sexualité de couple peut évoluer positivement avec quelques prises de conscience et de nouvelles habitudes. Voici quelques pistes simples et concrètes :
1/ Déconstruire les croyances limitantes
Oublier la « normalité » sexuelle : il n’y a pas de bonne fréquence, de durée minimale ni de pratique obligatoire. Plus on s’éloigne de ce script rigide, plus on ouvre la porte à une sexualité riche, variée et adaptée à chaque couple.
2/ Se reconnecter à son corps et à son plaisir
Mieux connaître son corps, par exemple grâce à la masturbation, permet de se réapproprier son plaisir. On peut ainsi exprimer ses envies et guider son partenaire, au lieu d’attendre qu’il devine comment nous faire plaisir.
3/ Oser communiquer et poser ses limites
Ne plus être noyé dans le don de soi et devenir sujet de sa sexualité, c’est aussi oser dire à son partenaire ce qui ne nous plait pas, ce dont on n’a pas ou plus envie. Aussi, ce dont lui n’a pas envie et ce qu’on aimerait essayer. La communication dans le couple nourrit le désir féminin et le plaisir partagé.
4/ Sortir de la pression de performance
Bien faire l’amour ce n’est pas une question de technique ou de performance. C’est une question de connexion, de sensorialité, et de partage. Podcasts érotiques, ambiances sensorielles, moments improvisés… toute exploration peut devenir une nouvelle source de complicité pour une sexualité plus épanouie.
5/ Alléger les charges qui pèsent sur les femmes
Messieurs, prenez en charge une partie des tâches domestiques qui incombent encore en trop grande majorité aux femmes ! Leur désir est totalement étouffé sous le poids de la charge mentale, physique et émotionnelle qui pèse sur elles ! Une étude réalisée aux États-Unis a démontré que les couples dans lesquels régnait une meilleure répartition des tâches ménagères connaissaient une plus grande satisfaction sexuelle. Libérer les femmes de ce poids ouvre un espace mental et émotionnel propice au désir.
6/ Se désirer soi-même avant de désirer l’autre
Retrouver confiance en soi, se sentir bien dans son corps et cultiver son autonomie personnelle nourrit la libido féminine et la complicité amoureuse.. Plus on se sent vivant·e, plus on peut se donner pleinement dans l’intimité.
7/ Écouter son couple, pas les injonctions extérieures
Il n’existe pas de modèle universel du « rapport réussi » et encore moins d’une relation sexuelle épanouie sur le long terme. Une sexualité de couple se construit jour après jour, en partageant, en s’amusant, en explorant, comme une danse évolutive au fil du temps.
Les causes de l’insatisfaction sexuelle peuvent bien sûr être multiples : charge mentale, manque de communication dans le couple, poids des habitudes…
Mais si l’insatisfaction est si généralisée, c’est principalement que nos représentations de la sexualité sont encore largement façonnées par des siècles de culture patriarcale qui dicte nos rôles, nos désirs et nos scripts amoureux.
Quand le désir s’étiole, on croit souvent que l’amour a disparu, alors qu’il s’agit surtout d’un modèle relationnel trop étroit pour accueillir le plaisir authentique.
Reprendre sa liberté sexuelle, c’est remettre en question ce qu’on croyait « normal » et se donner le droit d’inventer autre chose. La libido féminine n’est pas faible, elle est vivante : elle demande simplement un cadre plus respectueux et plus équilibré pour s’épanouir.
Le défi n’est donc pas d’« augmenter » artificiellement le désir, mais de transformer les conditions qui l’étouffent. Car une sexualité épanouie ne se mesure ni en quantité ni en performance : elle se vit dans la complicité, la communication et la joie partagée.
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* Sources :
Cet article est librement inspiré du livre de Margot Terrou La malaise Pourquoi nous faisons moins l’amour et comment réenchanter nos ébats aux éditions Payot.
Vous pouvez également lire le livre de Joëlle Smets La puissance sexuelle des femmes aux Editions Kennes.
Je vous recommande chaudement ces ouvrages de 2 très bonnes sexologues cliniciennes si vous souhaitez approfondir ce sujet qui nous concerne toutes et tous !
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