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« L’enfinsolitude* n’est ni un isolement, ni un esseulement.
Elle est une solitude aux capacités émancipatrices.
Elle peut éclore au milieu d’une foule, d’un restaurant bondé ou d’une maison pleine d’enfants. Elle est un élan, plus qu’un état, une intention, plus qu’un fait. »
Lauren Bastide

 

Pendant des siècles, les femmes ont été placées sous la tutelle d’un père, d’un mari ou de l’Église. Aujourd’hui, elles ont gagné le droit de vivre seules.

Et pourtant, leur solitude reste mal vue. Y compris par elles-mêmes, nombreuses à la vivre comme une souffrance, un échec, une honte. Un état inconfortable et douloureux en attendant mieux – comprendre en attendant de (re)trouver un compagnon.

Comme si une vie sans partenaire était une vie incomplète.
Comme si l’amour ne pouvait exister que dans une relation de couple.
Comme si le fait d’être seule disait quelque chose de notre valeur.

Mais pourquoi la solitude est-elle si douloureuse à vivre ?
Est-ce vraiment une souffrance individuelle… ou une construction culturelle ?
Et si, au contraire, la solitude pouvait devenir un chemin d’émancipation, un lieu où se reconquérir, se retrouver, se réinventer ?

Ensemble, changeons de regard sur les femmes seules.

 

Pourquoi la solitude est-elle perçue différemment entre les femmes et les hommes ?

La solitude est un mot qui résonne différemment selon que l’on est homme ou femme.

Solitude masculine : prestige, mystère et créativité

La solitude des hommes est souvent admirée, romancée. C’est la solitude des philosophes, des artistes, des aventuriers. Elle est associée à la profondeur, au génie, à la créativité. Elle confère une aura de mystère, une forme de charisme intellectuel.

Solitude féminine : honte, suspicion et stigmatisation

Chez nous, les femmes, la solitude est souvent associée à un échec personnel. Coincée, compliquée, moche, hystérique (voire folle), trop ceci ou pas assez cela… L’imaginaire collectif continue d’associer la femme seule à une anomalie.

En résumé :

  • Si un homme vit seul, c’est un choix noble, un retrait du monde pour se consacrer à des choses de haute importance, essentielles à la société.
  • Si une femme vit seule, c’est qu’elle n’a pas été choisie, qu’elle a un problème, qu’elle a échoué. D’où un sentiment de honte, de culpabilité, d’infériorité.

Cette différence de regard crée deux réalités : la solitude sereine pour les hommes, la solitude détresse pour les femmes.

Dans les faits, ce n’est pas réellement la solitude qui fait souffrir, mais plutôt le regard que l’on porte sur elle.

 

Pourquoi la solitude est-elle si difficile pour les femmes ?

Bien sûr, la séparation ou le veuvage sont des épreuves de vie très douloureuses.
Mais une grande part de l’intense sentiment de tristesse, de désespoir qui persiste (voire qui augmente) quand on se retrouve seule est en fait culturelle.

Nombre d’archétypes, d’injonctions, nous ont obligées depuis des siècles, à intérioriser une forme d’échec dans la solitude :

  • Les injonctions à la maternité et à la conjugalité ont façonné l’idée qu’une femme seule était une femme défectueuse.
  • Les récits romantiques, la pop culture, les archétypes médiatiques ont entretenu cette croyance.
  • Aujourd’hui encore, même lorsque nous avons une vie riche, un travail épanouissant, des amitiés, des passions, nous pouvons ressentir un profond sentiment d’incomplétude simplement parce que nous ne sommes pas en couple ou sans enfant.

En réalité, ce n’est pas tant la solitude qui est stigmatisée, que le fait de ne pas être en couple.

 

Les peurs intériorisées des femmes – une stratégie de contrôle patriarcal

Pourquoi est-il encore si difficile pour les femmes de nos jours d’accéder à une solitude heureuse ?
Parce que depuis des siècles, nous avons intégré des peurs qui entravent notre capacité à cohabiter sereinement avec nous-mêmes.
Ces peurs racontent moins qui nous sommes que ce que la société attend de nous.
Et si nous les regardions une à une, avec lucidité et compassion ?

Peur de ne pas plaire

On nous inculque très tôt que notre valeur passe par notre physique, notre beauté, notre jeunesse.

Auto-surveillance, comparaison … Le contrôle permanent de notre corps occupe une grande partie de notre énergie et nous maintient dans une dépendance au regard extérieur.

« Les pressions sur le physique des femmes, la surveillance dont celui-ci fait l’objet, sont un moyen rêvé de les contenir, de les contrôler. Ces préoccupations leur font perdre un temps, une énergie et un argent considérables ; elles les maintiennent dans un état d’insécurité psychique et de subordination qui les empêche de donner la pleine mesure de leur capacité et de profiter sans restriction d’une liberté chèrement acquise. » Mona CholletBeauté fatale

Peur de ne pas être aimée

Depuis très longtemps on présente aux femmes l’amour romantique comme étant le seul amour qui compte vraiment.
Elles ont été poussées à investir totalement cet espace conjugal, à croire en sa promesse de réparation, de refuge et d’épanouissement.

Et l’amitié, l’amour familial, l’amour de soi ont été relégués au second plan, nous privant ainsi de sources de réconfort, d’entraide, d’échanges et de dialogue avec des personnes bienveillantes, mais aussi avec nous-même.

Peur d’être une mauvaise personne

Une grande partie de la souffrance des femmes seules vient du fait qu’elles sont incapables de se départir des exigences de soins que la société fait peser sur leurs épaules, les renvoyant à un sentiment de vide et d’inutilité dès lors qu’elles n’ont pas sous la main d’autres êtres humains à combler de leurs attentions domestiques.

Nous avons appris que notre valeur réside dans le fait d’être utiles, disponibles, dévouées. Ne rien faire, prendre soin de nous, penser à nous et nous prioriser engendre chez nous honte et culpabilité.

Peur d’être une mauvaise maitresse de maison

Aujourd’hui les mères au foyer ne représentent plus que 14% des femmes, mais le spectre de l’ange du foyer continue de hanter notre imaginaire collectif. Même lorsque nous travaillons, même lorsque nous sommes indépendantes.

L’idéal de la femme au foyer sacrificielle reste une source puissante de représentation dans l’imaginaire des femmes et cet idéal, bien que récent historiquement, représente une norme fantôme à l’aune de laquelle nous continuons de nous jauger et de nous juger.

Peur de ne pas pouvoir se défendre

Les archétypes féminins valorisent les femmes frêles et fragiles.
Privées de muscles pour pouvoir plaire, les femmes se retrouvent dépendantes d’un homme pour les protéger et les défendre.
En nous construisant comme faibles, on nous a inculqué la peur :  peur de voyager seule, peur de nous aventurer, d’élargir notre horizon, de l’inconnu…
Comble du paradoxe, c’est souvent au sein du foyer que le danger est le plus grand, avec des hommes qui sont très loin d’être des inconnus.

Ces peurs ne sont pas individuelles, elles sont politiques.
Aussi loin qu’on puisse remonter dans les sociétés humaines, des mécanismes de surveillance des femmes ont été mis en place. Le mariage a été le plus répandu.

Trop faibles, trop ignorantes, trop émotives… Les femmes ont toujours été considérées comme d’éternelles mineures que l’on plaçait sous protection/surveillance/domination d’un représentant physique ou moral du patriarcat.
Malgré toutes les avancées en matière de droits, les femmes continuent de manière très insidieuse d’être mise sous tutelle par la société : la peur est un moyen très efficace de les contrôler et de les empêcher de gérer leur propre vie.

Pire encore. Ces injonctions sont tellement intériorisées, que les femmes n’ont même plus besoin que la société les surveille, elles se surveillent très bien toutes seules. Se jugent. Se régulent. Se censurent. Se limitent. Même quand elles sont seules chez elles.

Nous ne sommes plus des petites filles. Nous sommes des femmes et en tant que telles, nous avons le droit d’échapper à la surveillance, de décider de notre vie, de ne plus être sous-tutelle.

Alors, peut-on être heureuse sans être en couple ?
Oui, le bien-être ne dépend pas uniquement de la vie de couple. Les relations amicales, les projets personnels, l’autonomie émotionnelle et l’estime de soi jouent un rôle essentiel dans l’épanouissement.

 

L’enfinsolitude : un chemin vers l’autonomie affective et l’estime de soi

« L’enfinsolitude n’est ni un isolement, ni un esseulement. Elle est une solitude aux capacités émancipatrices. Elle peut éclore au milieu d’une foule, d’un restaurant bondé ou d’une maison pleine d’enfants. Elle est un élan, plus qu’un état, une intention, plus qu’un fait. » Lauren Bastide

Accéder à l’enfinsolitude, c’est se libérer de l’état de dépendance et de subordination pour devenir souveraine : responsable de nos choix, de nos émotions, choisir ce que nous voulons faire de notre vie.

Ce que nous offre l’enfinsolitude :

    • L’autonomie émotionnelle et affective
    • La confiance et l’estime de soi indépendantes du regard extérieur
    • L’écoute de nos besoins et de nos désirs
    • La capacité à poser nos limites
    • La priorisation de soi sans culpabilité
    • L’amour de soi, la bienveillance envers nous-même et la réconciliation intérieure

Cette solitude est une situation choisie, savourée, de tête-à-tête avec soi-même dans une démarche d’introspection, de méditation, de connaissance et d’amour de soi.
Ce n’est pas un repli sur soi égoïste, mais une manière d’habiter le monde depuis un lieu plus juste, plus aligné.

Comment transformer la solitude en force ?
La solitude peut devenir une ressource lorsqu’elle est choisie. Elle permet de développer l’autonomie émotionnelle, la connaissance de soi et la capacité à faire des choix alignés avec ses besoins.

 

Comment apprendre à être heureuse seule ?

Comment parvenir à sortir de la solitude subie pour atteindre un sentiment de bien-être et d’alignement avec soi-même ?

Déconstruire les programmations sociales

Pour pouvoir faire émerger de nouvelles représentations – plus personnelles et plus intimes – il est nécessaire d’identifier les injonctions, les mythes, les récits intériorisés. En prendre conscience, c’est déjà commencer à s’en libérer.

Écouter notre voix intérieure

Retrouver la voix authentique, celle de l’enfant intérieur, créative, joyeuse, intuitive. Celle qui sait ce dont nous avons réellement besoin, envie. Rentrer en dialogue avec cette voix est la meilleure façon de se réconcilier avec soi-même.

Développer l’autocompassion

Apprendre à nous aimer, dans les bons et les mauvais jours. Apprendre à nous parler avec douceur. Devenir notre meilleure amie. Nous encourager, nous consoler, nous soutenir.

Créer un espace à soi

Un lieu intérieur et/ou extérieur où penser, ressentir, rêver, écrire, méditer. Une cabane symbolique pour nous retrouver.

Pratiquer la gratitude

Voir ce qui est déjà là et qui nous offre tellement au quotidien : les relations, les ressources, la beauté du monde, les petites joies quotidiennes.

Développer notre autonomie financière

« L’argent est un enjeu féministe… Qui dans la société a l’espace et le temps de se retrouver face à soi-même ? » – Lauren Bastide

L’indépendance financière conditionne la possibilité de vivre seule, de quitter des situations dangereuses, de choisir librement sa vie. Le couple hétérosexuel appauvrit encore majoritairement les femmes. Revendiquer la solitude comme un droit, c’est aussi revendiquer l’égalité économique.

 

Être bien seule pour aimer librement : la base des relations amoureuses épanouies

La solitude contient en elle des promesses de force, de rayonnement et d’épanouissement.
Savoir être seule, c’est aussi savoir être pleinement avec l’autre, sans dépendance, sans attente irréaliste, dans une présence choisie.

« Je m’attache désormais, dans le lien amoureux, à ne pas chercher à bâtir ou construire, mais plutôt à tisser, à cultiver. J’essaie de faire germer quelque chose qui n’est pas ancré dans la dépendance ou l’attente. Les émotions sont dites, les besoins affirmés, les limites posées. Le présent compte plus que le futur. » Lauren Bastide

La solitude c’est cet espace qu’on crée hors de nous mais surtout à l’intérieur de nous, pour être au monde en étant libre. Et cet espace où on est bien avec soi, où on est en autonomie affective, quel endroit merveilleux pour tisser une relation amoureuse épanouissante !

 

Militer pour le droit des femmes à être seules, c’est ouvrir le champ des possibles. C’est sortir de la hiérarchie entre « réussite à deux » et « échec seule ». C’est revendiquer le droit de choisir la vie qui nous rend profondément vivantes.

L’enfinsolitude est un privilège récent, un héritage des luttes féministes. Nous sommes une génération de pionnières. À nous d’habiter cette solitude, de la rendre joyeuse, consciente, puissante. À nous de transmettre qu’être seule n’est pas un manque, mais peut être une belle façon d’être à soi.

 

Vous souhaitez vivre une vie plus signifiante, plus proche de qui vous êtes vraiment. Mais vous ne savez pas comment faire… Si vous sentez que vous avez besoin d’aide sur ce chemin, ne restez pas seule. Contactez-moi pour 1 séance Découverte gratuite de 30min sans engagement. Nous ferons plus ample connaissance et nous verrons ensemble comment je peux vous aider. À deux, le chemin semble toujours plus facile.

 

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* Sources :

Ce texte est librement inspiré du livre de Lauren Bastide Enfin Seule aux éditions Allary que je vous recommande chaudement.

Je vous invite aussi à écouter ces interviews très intéressantes :

Blast – Changer de regard sur la solitude des femmes

Librairie Mollat – Lauren Bastide Enfin seule

France Inter La grande matinale : Vivre seule : la voie de l’émancipation ? – Le débat de La Grand Matinale

 

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